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Environnement: Le deal de la presse francophone à Monaco
DNES, Meriem OUDGHIRI

Environnement: Le deal de la presse francophone à Monaco DNES, Meriem OUDGHIRI
De gauche à droite, Jean Kouchner, SG de l’UPF, Patrice Zehr, président de l’UPF Monaco, Madiambal Diagne, président international de l’UPF, le prince Albert et Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie
«Pour que la vérité des scientifiques (sur l’environnement) irrigue la volonté des peuples, pour qu’elle motive l’efficacité des gouvernants, le travail des médias est essentiel. Il s’agit d’un travail d’information, d’investigation, de sensibilisation et de mobilisation qui permettra de toucher le plus grand nombre». Le prince Albert donne ainsi le coup d’envoi du symposium «Médias et environnement en Méditerranée», organisé par la section monégasque de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) les 4 et 5 mars derniers à Monaco.
Une rencontre qui a réuni 29 pays et une centaine de participants du bassin méditerranéen et de la mer Noire. «Les gens protègent et respectent ce qu’ils aiment. Pour leur faire aimer la mer, il faut les émerveiller autant que les informer», ajoute le prince Albert en citant le célèbre commandant Cousteau. C’est pour cela, ajoutera-t-il, que la cause de l’environnement en Méditerranée comme ailleurs a besoin des médias.
Durant deux jours, Monaco a été une sorte de laboratoire de travail où journalistes, experts, philosophes, élus et écrivains ont débattu et échangé autour de ce thème devenu aujourd’hui une grande préoccupation planétaire. Une question de premier plan particulièrement pour le Maroc qui accueillera la COP22 en novembre prochain. «Il y a urgence. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme.

.Et le rôle des médias est capital, irremplaçable tant il faut sans relâche alerter, informer, éduquer, sensibiliser de manière juste, éclairée, nuancée, rigoureuse et complète. Tant il faut aussi s’associer aux exploits quotidiens, voire héroïques, des populations affectées», relève Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie. Selon elle, les questions environnementales soulèvent et soulèveront encore les passions, alimenteront encore les polémiques. Dans ce contexte, le rôle des médias est essentiel dans la fabrique du consensus autour de cette grande question.

«Fait peur, technique, complexe.

Lanceurs d’alerte, éveilleurs de conscience, prescripteurs, empêcheurs de tourner en rond,.

. vaste mission que celle dont on veut investir aujourd’hui les journalistes particulièrement dans ce domaine spécifique qui «fait peur, trop technique, complexe», traînant une image de dureté de l’information ou de baba cool, de menace des lobbys, comme l’a souligné Yolaine de la Bigne, journaliste et fondatrice de la web-radio Néoplanète dans sa liste des dix malaises qui existent entre les médias et l’environnement.
«Nous sommes en guerre contre un ennemi que nous avons nous-mêmes créé», lance-t-elle à la salle. «La pollution va très vite, et il y a vraiment le feu». Le débat est ainsi ouvert et les pa rticipants se sont essayés chacun selon son vécu à trouver des réponses à des questions aussi diverses que la place et l’image de l’environnement dans les médias, la protection face à un populisme scientifique galopant, le poids des lobbies ou encore l’impact des réseaux sur la médiatisation.

Environnement: Le deal de la presse francophone à Monaco DNES, Meriem OUDGHIRI
Réfléchir au rôle et à la place des médias en matière d’environnement en Méditerranée tel a été le thème du symposium organisé à Monaco (Ph. UPF)

«Nous sommes un peu sous la dictature de l’émotion dans ce domaine», a avancé Jean-Louis Roumegas, député de l’Hérault, membre du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Pour lui, les médias ont une responsabilité de trier, décoder, mettre à jour et déjouer les stratégies des lobbies. «Vous êtes un pouvoir et vous devez mettre en avant les alternatives pour que le débat démocratique ait lieu», estime le député. Un avis que ne partagent pas forcément des journalistes qui se trouvent «en constante tension ou confrontation avec les autorités», comme l’explique une journaliste libanaise qui relate l’énorme dossier des déchets de Beyrouth, devenu une affaire nationale, leur monstre du Loch Ness. Dans certains pays du sud de la Méditerranée, les journalistes se heurtent parfois au manque d’intérêt des lecteurs et au poids des priorités de leurs pays. Mais on ne peut plus rester ni sourd ni aveugle face à la facture écologique qui s’alourdit chaque jour davantage partout sur la planète. Aujourd’hui, l’environnement est plus que jamais transversal. Ce n’est plus une case ou une rubrique placée dans un journal, mais devient aussi important que la crise de l’immobilier, du pétrole ou des subprimes. La protection de l’environnement ne doit plus être conçue comme un poids pour la collectivité, ni comme un coût pour les entreprises. Il faut y voir de nouveaux marchés qu’il faut ouvrir et conquérir. La protection de l’environnement doit s’apprendre à la maison, dans la rue, à l’école. C’est en faisant du matraquage qu’on finira par roder les mentalités. Les devoirs et l’impact des médias n’ont ainsi jamais été aussi vivaces qu’aujourd’hui. «La force des Etats de droit est précisément d’attendre beaucoup des médias dans la transformation des comportements», souligne la philosophe Cynthia Fleury. D’autres moyens de médiatisation des questions environnementales émergent de plus en plus: les réseaux, qu’ils soient sociaux ou plus conventionnels, arrivent à influencer les comportements et les décisions. Remonter l’information, diffuser, mutualiser les initiatives et créer des connexions, c’est le but de la mise en réseau. L’idée est qu’en utilisant la puissance des médias (tous supports confondus) les choses finissent par bouger et changer.

Lobbies, populisme scientifique.

.

Actifs, manipulateurs, agressifs,.

. les lobbies, particulièrement dans le domaine de l’environnement, traînent une image négative. Face au poids de plus en plus important de groupes de pression, les journalistes sont-ils armés?
«L’absence de lobby ce n’est pas forcément quelque chose de sain», avance un participant. Et un autre d’ajouter: «Ce n’est pas un péché mortel que d’aller écouter des lobbies qui œuvrent pour la bonne cause». Dans les pays anglo-saxons, les lobbies sont placés au cœur du fonctionnement démocratique. Aux Etats-Unis, les dépenses engagées en matière d’influence atteignent des milliards de dollars. Mais mal encadré et utilisé à des fins de protection d’intérêts individuels, le lobby devient dangereux. La fragilité économique de certains médias créent aussi des dépendances et les journalistes se retrouvent vulnérables face à des puissances financières. Mais, insiste un participant, «les médias qui appartiennent à leurs lecteurs assurent leur indépendance» et résistent comme les «villages gaulois».
Le populisme scientifique a lui aussi suscité de vifs débats. La question qui se pose est celle de la légitimité et de la crédibilité de l’information lorsque la science et les choix économiques ou politiques s’affrontent. Là aussi, les journalistes sont-ils armés? Unanimement, les participants estiment que les médias doivent se former, s’adosser à des experts et se baser sur des rapports crédibles pour rendre les données scientifiques intelligibles. Dans tous les cas, l’objectivité du journaliste, ce «mythe dynamique», selon l’expression de Jean Kouchner, secrétaire général de l’UPF, est nécessaire et indispensable.

COP22, Verbatim

- Michaëlle Jean: «La francophonie sera aussi au rendez-vous de la COP22 qui se tiendra à Marrakech, au Maroc, autre pays membre de notre Organisation. Ce sera à nouveau l’heure de vérité sur la mise en œuvre des décisions, le suivi et l’évaluation des engagements pris à Paris. Donc d’autant plus important.
Et soyez assurés que notre organisation, à travers son Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD) est déjà à pied d’œuvre aux côtés des autorités marocaines, mobilisant toutes ses expertises pour accompagner de tout son poids la pleine participation des pays francophones dans cette prochaine conférence, pour les aider à produire une réflexion de qualité, à renforcer leurs plaidoyers et leurs capacités de négociation sur ces questions cruciales pour la stabilité, la prospérité et l’avenir de l’humanité, pour garder vif et intact l’esprit qui s’est dégagé de Paris, pour rappeler, surtout, les Etats à leurs obligations».
- Madiambal Diagne, président international de l’UPF: «On peut considérer que la manifestation de Monaco constitue le premier acte de la préparation de la prochaine Conférence mondiale sur le climat, la COP22, prévue à Marrakech au Maroc». Selon lui, «les médias francophones vont prendre leur part au combat pour la protection de l’environnement».

Le modèle monégasque

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«La mer Méditerranée est pour nous plus qu’un horizon. Elle est une réalité quotidienne, une préoccupation permanente, une exigence de chaque instant par sa beauté mais aussi sa fragilité. Elle incarne à la fois l’urgence et l’importance d’une nature préservée, une nature dont nous avons conscience d’être profondément indépendants», a souligné le prince Albert. La Principauté, ville Etat de 2 km2 (35.000 habitants), bordée par la Méditerranée, fait de l’environnement sa priorité et cela depuis longtemps. En 1906, le prince Albert Ier de Monaco explorait des régions inconnues du Spitzberg. Dans des conditions climatiques difficiles, le prince et les scientifiques embarqués à bord de son navire inventoriaient la vie marine et procédaient à des relevés météorologiques et photographiques visant à étudier les mouvements de la banquise et des glaciers. En 2006, le prince Albert II de Monaco s’est rendu en Arctique atteignant le pôle Nord afin de mesurer les effets du réchauffement climatique sur la banquise fragilisée. À la suite de cette expédition, il décida de créer la Fondation Prince-Albert-II-de-Monaco vouée à la protection de l’environnement.
La gestion du patrimoine naturel de la Principauté porte sur la préservation de la biodiversité marine et terrestre, mais également sur la gestion de la ressource en eau, sur la surveillance et le contrôle des pollutions. Depuis les années 70, la Principauté s’est engagée en faveur de la protection de son environnement marin, par la création d’une réserve marine de 50 hectares au Larvotto.
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La réserve du Tombant Coralligène des Spélugues créée en 1986 est l’une des rares aires spéciales protégées en milieu urbain abritant du corail rouge. Le Centre scientifique de Monaco, créé il y a plus de 50 ans, est connu pour ses travaux sur les récifs coralliens, ces «bio-indicateurs des changements de température», comme le précise son directeur.
Incontournable pour tout visiteur, le Musée océanographique est construit à flanc du rocher mythique de Monaco. Créé par le prince Albert Ier, trisaïeul du Prince Albert II, il fut conçu dès l’origine comme un palais entièrement dédié à l’Art et à la Science. Il rassemble aujourd’hui environ 6.000 spécimens de poissons et 300 familles d’invertébrés et propose 6.000 m2 ouverts au public.
La stratégie de ville durable concerne aussi la mobilité et les déplacements en favorisant l’utilisation des transports en commun, en encourageant la «mobilité douce» grâce aux 33 liaisons publiques mécanisées (soit une centaine d’ascenseurs, escalators) ouvertes 24h/24, et en développant l’usage des véhicules électriques.