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Femmes entrepreneurs
Le digital, accélérateur de compétences

Femmes entrepreneurs Le digital, accélérateur de compétences
«Le réseau et l’accompagnement de l’Afem peuvent être utilisés comme tremplin vers le marché marocain et international. Nous incitons les femmes à aller vers l’exportation, vers l’Afrique… », souligne Asmaâ Morine Azzouzi, présidente de l’Afem (Ph. Khalifa)

L’Association des femmes chefs d’entreprises (Afem) s’apprête à organiser, les 10, 11 et 12 mars à Marrakech, le South Economic Women Initiative (SEWI) sous le thème «Femmes et croissance: osons l’économie de l’immatériel». L’évènement donne aux femmes l’occasion de réfléchir sur l’avenir de leurs entreprises. Des femmes entrepreneurs d’ici et d’ailleurs vont témoigner sur leurs expériences. L’objectif est de présenter des modèles ayant réussi afin de donner aux jeunes femmes l’envie de rêver, d’entreprendre… Entretien avec Asmaâ Morine Azzouzi, présidente de l’Afem.

- L’Economiste: A part quelques exemples, la femme n’est pas encore représentée dans les instances de décision et à la tête de groupes dans le privé… Comment promouvoir la quote-part des femmes?
- Asmaâ Morine Azzouzi:
Il s’agit d’un blocage culturel qui dure et qui fait mal, d’autant plus que nous sommes en 2016. Le classement du Maroc est très mauvais sur la question genre. Le taux d’employabilité des femmes (26%) est en dégradation depuis une vingtaine d’années. Au lieu d’évoluer, nous sommes en train de régresser. C’est très inquiétant. Il faut reconnaître aussi la responsabilité de notre système éducatif qui a beaucoup reculé, non seulement à cause de l’arabisation, mais aussi la multiplication des chaînes satellitaires. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Il y va du développement harmonieux du Maroc. Avec un taux de 10% d’entreprises créées par des femmes, nous stagnons depuis une décennie. Mais c’est juste la partie visible de l’iceberg. Tout l’environnement ambiant n’est pas propice à l’entrepreneuriat féminin.

- Femmes, entrepreneuriat et croissance… Quel est le lien ou le dénominateur commun de cette trilogie?
- Nous sommes partis du constat que les femmes investissent plutôt dans les services, car c’est moins capitalistique que d’autres secteurs, parce que c’est plus facile, avec moins de barrières à l’entrée… C’est aussi une activité qui peut se combiner avec une vie familiale. La société doit aider la femme à se libérer un peu pour pouvoir exercer, notamment via des aides, comme les crèches communales qui n’existent pas au Maroc. Les grandes entreprises doivent aussi faire cet investissement. Dans le cadre du SEWI, nous donnons aux femmes l’occasion de réfléchir sur l’avenir de leurs entreprises. Car l’avenir est dans la dématérialisation de l’économie. Si vous voulez vous développer, si vous voulez que votre entreprise vive… voilà où il faut investir: dans l’immatériel, l’économie numérique, le digital… Même l’activité qui peut être classique aujourd’hui, si elle n’a pas une dimension digitale, elle ne pourra plus vivre dans 5 ans.

- Peut-être qu’il faut aussi un accompagnement, du coaching pour sensibiliser les femmes qui ne maîtrisent pas l’univers digital?
- Justement. Dans le cadre de l’Afem, nous assurons des formations mensuelles pour nos membres sur des thématiques d’actualité qui leur permettent de voir les choses autrement. Nous avons aussi notre réseau d’incubateurs «Maroc pionnières» qui favorise les femmes qui vont vers l’innovation et le digital. C’est là où il y a un potentiel de croissance. En tant qu’association, nous sommes des lanceurs d’alertes, notre rôle est d’aider la femme à sortir des sentiers battus comme les métiers de communications, formation… Bien évidemment, on peut continuer à faire ces métiers, mais en s’appuyant sur le digital.

- Quel est le potentiel du virtuel dans l’accélération des carrières de femmes?
-S’il y a bien un moyen, un outil ou vecteur qui peut booster le développement économique de la femme, c’est bien le digital. Essentiellement, pour sa facilité d’utilisation et son potentiel. Comme je le dis souvent, si votre entreprise ne tient pas dans votre smartphone, sachez que votre business n’est pas viable. La femme peut travailler chez elle, mais il faut l’ouvrir, la sensibiliser à ce potentiel. Nous soumissionnons à des projets avec des bailleurs de fonds étrangers pour faire des formations dans ce sens. Il faut s’y mettre dès aujourd’hui.

- Quel sont les enjeux de l’évènement que vous organisez à Marrakech?
- La South Economic Women Initiative (SEWI) est d’abord un label que nous avons créé et que nous ambitionnons d’organiser chaque année. Il s’agit d’un évènement national et international pour asseoir le leadership de la femme entrepreneur marocaine et la faire rayonner en tant que créatrice de contenu. Nous allons lancer 3 initiatives. Il s’agit du prix «Safira Awards» (en partenariat avec le ministère des MRE), une initiative sur le volet recherche et collaboration avec l’université Cadi Ayyad et l’initiative économie vert, climat et COP 22. Nous avons mis en place une commission climat et économie verte. Nous comptons profiter  de cet évènement pour tout d’abord acquérir de l’expérience et continuer par la suite.

 

Propos recueillis par
Aziza EL AFFAS