Simple JQuery Modal Window from Queness
985472

L’annus horribilis de François Hollande
Par Mustapha Tossa

L’annus horribilis de François Hollande Par Mustapha Tossa
Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.)
A treize mois de la présidentielle, François Hollande est un président sur les rotules. Le spectacle de son cortège et de sa personne violemment hués au Salon international de l'agriculture de Paris est venu clôturer momentanément une horrible séquence pour lui. Face à des agriculteurs en colère, Hollande n'en menait pas large. Devant des doigts menaçants et des corps imposants d'agriculteurs en colère, le président français n'avait d'autres arguments à faire valoir que son courage d'être venu malgré la tempête pressentie, écouter et encaisser. Il était loin le temps où un François Hollande, triomphant, arpentait les allées du salon, répondait à la question spontanée d'un gamin sur Nicolas Sarkozy assurant qu'il n'allait pas le revoir. Cette vidéo a été pendant longtemps le symbole d'une forme d'arrogance victorieuse. Il est loin aussi le temps où il projetait de séduire ce monde agricole traditionnellement séduit par la droite.
Aujourd'hui, François Hollande est totalement démagnétisé. Le violent coup de canif que vient de lui porter Martine Aubry, intronisée pour l'occasion icône des frondeurs, vient d'assombrir sérieusement sa stratégie de reconquête. Longtemps hésitante, voire taciturne, la maire de Lille vient de frapper un grand coup. Elle soulève une tempête à gauche à un moment crucial où le gouvernement a besoin de tous ses soutiens pour faire passer des réformes aussi polémiques que foncièrement contestées. Dans ce contexte, François Hollande apparaît comme un homme encerclé. D'abord de la part d'une gauche qui a repris de la vigueur contestataire à son encontre et qui lui reproche des reculs tant au niveau des valeurs de la République comme en témoigne le sulfureux débat sur la déchéance de la nationalité qu'au niveau des acquis sociaux comme le montre la violente collusion politique sur le nouveau code du travail incarné par la ministre du travail Myriam Al Khomri. Hollande est aussi encerclé par la droite de Nicolas Sarkozy
L’annus horribilis de François Hollande Par Mustapha Tossa
François Hollande, dont les adversaires rappellent régulièrement qu’il est venu à l’Elysée à cause d’un certain accident new-yorkais,  se garde bien de se prononcer et de trancher sa position sur les primaires (Ph. AFP)
et l'extrême droite de Marine Le Pen. Les deux droites mènent depuis longtemps campagne contre Hollande et lui font régulièrement un procès chronique en incompétence. Pour Sarkozy comme pour Marine Le Pen, il n'a jamais tellement vêtu le costume présidentiel. Pour eux, même la séquence du 11 janvier et celle du 13 novembre au cours de laquelle la terreur a  spectaculairement frappé en France n'a réussi qu'à grossir les défaillances et montrer les défauts.
Déjà fragilisé par une gouvernance qui plombe sa popularité faisant de son mandat un naufrage annoncé inédit à gauche, Hollande a déclenché une vraie série noire depuis le dernier remaniement ministériel. Il a fait grincer les dents et bouger les fondations de sa propre maison. Le retour de Jean-Marc Ayrault aux Affaires étrangères se vit comme un désaveu pour Manuel Valls. La dégradation qualitative d'Emmanuel Macron au profit de Myriem El Khomri est ressentie comme une sanction d'un jeune ministre prometteur dont la hantise actuelle est de se débarrasser de la tutelle trop pesante du Premier ministre. Même la sortie de Fleur Pellerin au profit d'Audrey Azoulay qui aurait dû apparaître comme naturelle vu les bourdes à répétition de l'ex-titulaire de la Culture se vit au sein du gouvernement comme un traumatisme. Autant d'éléments qui font apparaître François Hollande comme un capitaine à la tête d'un bateau qui tangue à cause de ses multiples cohabitations. C'est dans ce contexte aussi que des voix, et non des moindres,
L’annus horribilis de François Hollande Par Mustapha Tossa
s'élèvent pour exiger des primaires à gauche.  Le principe des primaires brandi par les détracteurs de locataire de l'Elysée est déjà en soi une démarche subversive à son encontre. Elles sont le révélateur que l'humeur à gauche n'est pas au rassemblement derrière un chef mais plutôt à la recherche d'un leadership renouvelé.
En animal politique rompu aux retournements de situations, François Hollande dont les adversaires rappellent régulièrement qu'il est venu à l'Elysée à cause d'un certain accident new-yorkais,  se garde bien de se prononcer et de trancher sa position sur les primaires. Son hésitation, outre qu'elle fait partie intégrante de son caractère et de sa démarche, est savamment entretenue. Elle  possède ce double effet: exciter les appétits de ses compétiteurs à gauche et les pousser à se dévoiler et lui aménager une porte de sortie au cas où, faute de désirs des Français pour lui, il décide de jeter l'éponge. Ce qui, faute de clarification,  constitue la tendance dominante du moment.

Paris lancés

Aucun institut de sondage, aucun politologue n’ose prévoir un François Hollande porteur des espoirs de la gauche vers un second mandat. Son destin semble davantage lié aux résultats des primaires à droite et les paris sont lancés. Si Nicolas Sarkozy s’impose chez les républicains comme le porte-drapeau de leur course présidentielle, un match avec François Hollande peut être gagné pour le socialiste. Le rejet de Nicolas Sarkozy par les Français est encore tellement vivace sur le plan national. Quant à la rencontre Hollande versus Alain Juppé, elle paraît définitivement perdue pour l’actuelle président français, tant un homme comme Alain Juppé peut rassembler sur son nom une droite décomplexée et un centre avide de changement. Le scénario cauchemar pour les socialistes aujourd’hui est que leur champion, qu’il soit François Hollande ou quelqu’un d’autre, puisse être éliminé dès le premier tour et que les Français n’auraient à choisir qu’entre les représentants de la droite et de l’extrême droite. Ce scénario est celui qui fait  actuellement vibrer la plupart des instituts de l’analyse politique.