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Economie verte et changement climatique
Par Jawad IDRISSI

Economie verte et changement climatique Par Jawad IDRISSI
Praticien du management et du commerce international au sein de multinationales (Nestlé, L’Oréal, Pechiney, Albaraka) et de groupes nationaux (Sopar-Wafabank), Jawad Idrissi est depuis consultant-fondateur de NECIM, Cabinet conseil en études et montage de projets, expert auprès de l’ONU en commerce et investissement. 
A la veille de la COP22, qui se tiendra en novembre prochain, à Marrakech, les esprits s’échauffent et les appétits s’ouvrent sur l’économie verte qu’on oppose à l’économie brune, comme on le fait entre la nouvelle économie et l’ancienne. Dans ce débat universel, essayons de donner un avis légitimé par la veille assurée par notre bureau d’études(1) autour des questions d’énergies renouvelables, notamment au sein de l’Amisole(2), basé essentiellement sur les derniers rapports des Nations unies et de ses organismes spécialisés.  
 
Epuiser le stock de richesse naturelle mondiale
 
Près de 20 ans après le Sommet de la Terre, les nations ont pris conscience de la gravité de la situation. À l’époque, nous prenions tout juste conscience des défis émergents à l’échelle planétaire, du changement climatique à la disparition d’espèces, la désertification et la dégradation des sols et les menaces sur près de sept milliards de personnes (neuf milliards en 2050) dans leur vie ou survie.  L’augmentation galopante des émissions polluantes a des conséquences potentiellement désastreuses pour l’humanité.  Le choc des prix des combustibles de 2008 et la flambée des prix des denrées alimentaires et des matières premières impactent directement les moyens de nourrir 9 milliards de personnes d’ici 2050. La pénurie d’eau potable constitue déjà un problème planétaire et l’écart entre la demande et l’offre renouvelable annuelles d’eau douce va se creuser d’ici 2030. Ces crises ont de graves conséquences sur  la lutte contre l’extrême pauvreté. Elles viennent s’ajouter aux problèmes sociaux persistants liés au chômage, à l’insécurité socioéconomique et à la pauvreté et menacent la stabilité sociale. Ce schéma de développement et de croissance qui épuise le stock de richesse naturelle mondiale, souvent de manière irréversible, nuit au bien-être des générations actuelles et placera les générations futures devant des risques et des défis considérables. 
 
Croissance du futur
 
Economie verte et changement climatique Par Jawad IDRISSI
Pourtant la mutation vers une économie verte offrirait la possibilité de parvenir au développement durable et à l’éradication de la pauvreté, à une échelle et à un rythme inégalés auparavant. Une réaffectation des investissements publics et privés, stimulée par les réformes politiques appropriées et les conditions favorisant la transition, est nécessaire pour développer ou renforcer le capital naturel, comme les forêts, l’eau, les sols et les stocks de pêche, qui sont particulièrement importants pour les populations rurales pauvres. Ces investissements «verts» renforceront également de nouveaux secteurs et de nouvelles technologies qui seront les principales sources de développement économique et de croissance du futur: technologies en matière d’énergies renouvelables, bâtiments et équipements économes en énergie et en ressources, systèmes de transport public à faible taux d’émission de carbone, infrastructures pour des véhicules propres et économes en énergie, centres de recyclage des déchets. Même si la majeure partie des investissements nécessaires à la mutation verte proviendra du secteur privé, les pouvoirs publics auront également un rôle de premier plan à jouer et l’investissement public sera nécessaire pour dynamiser la transition vers l’économie verte. Lorsque la situation budgétaire nationale est limitée, les banques multilatérales de développement sont idéalement positionnées pour offrir une aide financière permettant à ces pays de s’engager dans la voie du développement vert.
 
Compenser les pertes de  «l’économie brune»
 
En résumé, une économie verte investit dans le capital naturel et le valorise. Les services environnementaux sont mieux conservés, conduisant à de meilleurs revenus et à des filets protecteurs pour les ménages des communautés rurales pauvres. Les méthodes d’agriculture respectueuses de l’environnement améliorent de manière significative les rendements des paysans pratiquant l’agriculture de subsistance. Les améliorations en termes d’accès à l’eau douce et d’assainissement, ainsi que les innovations en matière d’énergie autonome (électricité photovoltaïque, poêles à biomasse, etc.) s’ajoutent à l’ensemble des stratégies en faveur de l’économie verte. Les nouvelles technologies, en favorisant l’utilisation rationnelle de l’énergie et des ressources, offrent des possibilités de croissance dans de nouvelles directions, compensant les pertes d’emplois de «l’économie brune».  Pour réussir la mutation verte, les dirigeants mondiaux, la société civile et les principales entreprises devront s’engager conjointement dans ce mouvement. Cela exigera des efforts soutenus de la part des décideurs politiques et de leurs électeurs pour repenser et redéfinir les mesures traditionnelles de la richesse, de la prospérité et du bien-être. Les pays en développement comme le Maroc doivent être autorisés à progresser à leur propre rythme, en respectant leurs objectifs de développement, la conjoncture et les contraintes. Les nations développées ont un rôle essentiel à jouer dans le renforcement des compétences et des capacités des pays en développement, et dans la création d’un marché international et d’une infrastructure juridique pour une économie verte.
 
A propos du PNUE
LE PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) promeut des pratiques respectueuses de l’environnement, au niveau mondial, vers une économie verte et la réalisation d’un développement durable ainsi que la lutte contre la pauvreté. Il prône la nécessité économique et sociale d’investir dans le verdissement de dix secteurs cruciaux de l’économie afin de réorienter le développement et de canaliser les flux de capitaux publics et privés vers l’utilisation rationnelle des ressources et la réduction des émissions de carbone. La transition vers une économie verte a déjà commencé, et une multitude d’études sur ce sujet menées par des organisations internationales, des pays, des entreprises et la société civile. Mais le défi consiste clairement à exploiter cette dynamique. Dans ce contexte, une feuille de route est proposée afin qu’une gestion beaucoup plus intelligente du capital naturel et humain mondial façonne la création de richesse et la sauvegarde de notre planète.
 
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1 NECIM invest (www.necim-invest.com)
2 Amisole /Association marocaine des industries solaires et éoliennes (www.imeder.org)