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Les défis sociaux majeurs de l’Afrique
Quels rôles le Maroc peut jouer?
Par Driss GUERRAOUI

Les défis sociaux majeurs de l’Afrique Quels rôles le Maroc peut jouer? Par Driss GUERRAOUI
Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, secrétaire général du Conseil économique, social et environnemental (Ph. Jarfi)
Il y a, à mon avis,  trois types de défis sociaux que l’Afrique affronte et aura à relever pour assoir son développement sur la base de l’équité, l’inclusion et la stabilité. Il y a les défis sociaux proprement dits, parmi lesquels, l’existence d’une dynamique démographique sur un fond d’explosion  de la demande sociale apparaît au premier plan. En 2015, la population africaine a été évaluée à 1,186 milliard d’habitants, soit 16% de la population mondiale(1). En 2050,  ce nombre atteindra 2,4 milliards, soit 25% de la population mondiale. La seule Afrique subsaharienne comptera 2,1 milliards d’habitants à cet horizon(2). De ce fait, à la fin du 3e millénaire, trois naissances sur 4 dans le monde  se produiront sur le continent africain. Par ailleurs, fait important à signaler, si la moitié de cette population restera à majorité rurale en 2050,  41% sera composée des moins de 15 ans, la moyenne mondiale étant de 26% (3).
Cette réalité démographique produira  une pression croissante sur  les besoins sociaux essentiels dans un contexte où l’Afrique connaît à ce niveau des retards importants. Ainsi, dans le domaine de la santé,  l’espérance de vie à la naissance est parmi les plus faibles dans le monde. Elle a été évaluée à 59,6 ans en 2014 au moment où elle est de 80,2 ans en Europe de l’Ouest  et de 78,4 ans en Amérique du Nord. Le taux de mortalité infantile est également le plus élevé à l’échelle mondiale: 60,4 personnes pour 1.000 en 2014 au moment où il est évalué à 5 pour 1.000 dans les pays à développement humain élevé (4). Quant au VIH/sida,  il touche une proportion de la population 7 fois plus importante sur le continent comparativement au reste du monde. Du côté de la scolarisation,  l’Afrique connaît, là également, un grand retard, puisque le  taux n’est que de 32,9% en Erythrée, de 37,7% au Liberia et de 41,3% au Soudan du Sud. Les filles sont plus touchées que les garçons. Ce qui impacte négativement l’alphabétisation des jeunes Africains de 15-24 ans,  dont 31% ne savent ni lire ni écrire (5). Sur le plan de la pauvreté, en 2015, 41% de la population de l’Afrique subsaharienne vivait  au-dessous du seuil de la pauvreté extrême.
Les défis sociaux majeurs de l’Afrique Quels rôles le Maroc peut jouer? Par Driss GUERRAOUI
De ce fait,  seul l’Afrique n’a pas  pu atteindre  l’Objectif de Développement du Millénaire visant à réduire de 50%  la proportion de la population disposant de moins de 1,25 dollar en PPA de 2015 (6). Quant au chômage des jeunes, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (7) relatives à l’année 2015 sur 73,8 millions de jeunes de 15-24 ans touchés par le chômage dans le monde, 15 millions  sont africains, soit 20% de l’effectif total. Leur  poids est de 41% dans le nombre total des chômeurs dans le continent contre 34% dans le monde.
 Par ailleurs, en 2015, l’Afrique  a compté 262 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, soit 34% de la population potentiellement active dans le continent contre 26% à l’échelle mondiale (8). Cette structure démographique accroît la pression des jeunes sur les marchés nationaux du travail,  accélère le rythme de  l’exode rural et aggrave les pressions migratoires.  Sur le plan de la protection sociale enfin, selon le Bureau international du travail,  la moyenne des dépenses publiques consacrées à la sécurité sociale par rapport au PIB n’est que de 5%  en Afrique, au moment où elle se situe à 25% en  Europe. L’ensemble de ces déficits explique la prolifération et la diversification en Afrique des champs des activités informelles, de l’économie du crime, des métiers illicites, et des pressions migratoires sous toutes leurs formes. Par ailleurs, l’Afrique est l’objet  de défis sociaux d’une autre nature, que l’on peut qualifier de défis socio-institutionnels. Il s’agit, en fait, de défis de nature sociale impulsés par une gouvernance non responsable des ressources à la fois naturelles, financières et humaines, produisant des impacts  qui aggravent la situation sociale des populations. Ce qui  prive l’Afrique et les Africains, non seulement de leurs propres ressources et richesses, mais aliène l’avenir du développement  économique et social  de tout le continent, tout en produisant des défis sociaux d’un genre nouveau que l’on peut qualifier de défis socio-climatiques, générés par une  gestion non responsable sur le plan environnemental et par les changements climatiques que subis le continent à l’image du reste du monde. A ce niveau, tous les experts sont unanimes pour dire que si la situation perdure, l’Afrique ne pourra subvenir qu’à 13% de ses besoins alimentaires d’ici 2050. Ce qui fera peser une nouvelle menace pour les 65% de travailleurs africains, dont la subsistance dépend largement de l’agriculture, y compris les enfants et les personnes âgées, qui seront les premières victimes des crises alimentaires futures dans le continent (9). 

Une nouvelle génération  de modèle d’intégration régionale

Le Maroc  a fait de l’intégration africaine une option géostratégique et du continent un espace privilégié pour l’auto-développement. Par des actions  concrètes, il est en train de contribuer  à bâtir une nouvelle génération  de modèle d’intégration régionale appelée à être portée par une nouvelle génération de dirigeants et d’élites convaincus que c’est par l’unité de tout le continent que l’Afrique relèvera les défis sociaux majeurs de demain.
Parmi les multiples options stratégiques choisies par le Maroc, investir dans le développement  social en Afrique apparaît au premier plan et ce, à plusieurs niveaux:
- Partager les expériences réussies en matière d’action sociale à partir de l’Initiative nationale pour le développement humain;
- Former les compétences et transférer les savoirs, les savoir-faire et  l’expertise  dans le domaine de l’ingénierie de l’action sociale;
- Contribuer à la réalisation de  la sécurité alimentaire à partir de l’offre de fertilisants adaptés au contexte agro-économique africain que pilote et porte le Groupe OCP à travers «Africa Fertilizer Complex», appelé à devenir dès 2017 le premier producteur mondial d’engrais;
- Et enfin gérer de façon responsable et solidaire les mouvements migratoires, selon une approche  fondée sur le respect des droits humains fondamentaux et de la dignité des migrants africains légaux qui ont choisi de vivre et de résider au Maroc.

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1- World Population Prospects: The 2015 Revision, United Nations, New York
2- Idem
3- Idem
4- Idem
5- Institut de Statistiques de l’Unesco, base de données en ligne
6- Objectifs du millénaire pour le développement 2015, Nations unies, New York
7- Rapport de l’Organisation internationale du travail de 2015,  Global Employment Trends, Genève
8-World Population Projects, 2015 Revision. United Nations
9- Richard Munang, coordonnateur régional pour les changements climatiques du Bureau régional pour l’Afrique du PNUE, in Revue Afrique Renouveau, Edition spéciale Agriculture, 2014.
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Cette chronique s’appuie sur notre contribution aux travaux de la 43e session de l’Académie du Royaume  du Maroc, tenue à Rabat en novembre 2015 sur le thème «L’Afrique comme horizon de pensée».