Simple JQuery Modal Window from Queness
984617

Faux départ, pourquoi les marchés se sont écroulés
Par Omar Fassal

Faux départ, pourquoi les marchés se sont écroulés Par Omar Fassal
Omar Fassal est responsable développement de l’investissement international chez une grande banque d’affaires de la place, professeur de finance à l’ISCAE, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», et chroniqueur pour L’Economiste et Atlantic Radio. Retrouvez-le sur www.fassal.net   (Ph. OF)  
De mémoire d’investisseur, l’année 2016 a connu le plus mauvais départ. En l’espace de quelques semaines, tous les marchés boursiers se sont rapidement effondrés. Au 15 février 2016, le marché américain s’est replié de -8,7%, le marché européen de -14,1%, le marché japonais de -15,9%, le marché chinois de -22,4%,  et le marché brésilien de -8,7%. Le krach est généralisé; il concerne tous les pays et tous les secteurs.
En effet, si les actions des banques italiennes étaient dans le viseur des marchés, en raison de leur sous-capitalisation et de la hausse des taux de créances en souffrance à des niveaux très élevés (16.7%), la panique s’est généralisée. Elle a touché les autres banques européennes, et plusieurs autres secteurs sans distinction.  Les prévisions de croissance macroéconomique contribuent à la panique, mais ne permettent pas de l’expliquer entièrement. En effet, les Etats-Unis ralentissent mais restent en croissance, la situation européenne s’améliore, et la situation des émergents qu’on pensait déstabilisés par la hausse des taux de la Fed, s’annonce moins catastrophique que prévu.

Toutes ces craintes autour de la faiblesse de la croissance mondiale se sont cristallisées autour d’un élément commun: le prix du baril de pétrole. La faible demande pour le baril a agi comme un catalyseur pour les marchés. Plus le baril baisse, plus les marchés perçoivent cela comme un ralentissement de l’activité, et provoquent alors une baisse du prix des actifs financiers. Les fondamentaux économiques ne sont pas très réjouissants, mais ils demeurent insuffisants pour justifier la situation actuelle. Comment expliquer alors ce coup de froid généralisé? Il est avant tout dû au changement de paradigme des banques centrales. L’utilité de l’intervention des banques centrales suit une courbe en cloche. Leur intervention est utile jusqu’à un certain point. Une fois dépassé, leur intervention devient plus néfaste que bénéfique. C’est cette étape-là que nous sommes en train de vivre. Pourquoi les banques centrales ont-elles dépassé le point d’inflexion de l’utilité de leur intervention? Parce qu’à présent, à chaque fois que les banques centrales annoncent des mesures de soutien monétaires supplémentaires, cela s’accompagne par une chute des marchés. Le discours de Mario Draghi – président de la BCE – fin janvier, où il annonce des mesures supplémentaires pour mars a fait baisser les marchés. Les décisions de la Banque du Japon et de la Banque de Suède portant sur de nouvelles baisses des taux directeurs, ont également été très mal accueillies par les marchés. C’est exactement l’inverse de la situation qui avait prédominé ces dernières années, où chaque annonce de soutien supplémentaire faisait flamber les marchés. Les marchés ont changé d’attitude car ils ont fini par comprendre que les banques centrales ne peuvent désormais plus rien, pour soutenir la reprise de l’économie mondiale.

En effet, la politique monétaire des grandes banques centrales fut compliquée par la dégringolade du baril de pétrole. Bien que l’inflation sous-jacente qui exclut les prix de l’énergie et des matières premières décolle dans certains pays (+2% aux Etats-Unis), l’inflation globale reste faible en raison de la baisse du prix. Avec un baril à 50 USD,
Faux départ, pourquoi les marchés se sont écroulés Par Omar Fassal
Le changement de tendance est perceptible depuis le début de l’année. Les places financières internationales ont touché un plus haut en décembre 2015, avant de s’écrouler très rapidement début 2016 Source : Thomson Reuters
la contribution des prix de l’énergie à l’inflation en 2016 sur une année glissante aurait été nulle. Mais avec un baril à 30 USD, la baisse des prix va exercer des pressions déflationnistes sur les indicateurs des prix à la consommation. La majeure partie des banques centrales du monde ont fait les frais de la baisse du prix du baril qui est venue dévier l’inflation de sa cible. Du coup, elles poussent leur intervention davantage vers des terrains inexplorés; celui des taux d’intérêt négatifs. La Banque centrale de Suède, connue pour être la plus vieille au monde, fut la première à franchir le pas. Elle a mis son taux de refinancement à 7 jours en territoire négatif; après plusieurs baisses il est aujourd’hui à -0,50%. La Banque centrale européenne a mis en place un taux négatif sur les réserves des banques placées auprès de la BCE. La Banque du Japon a mis en place cette semaine un taux négatif sur les nouvelles réserves qui venaient à être placées par les banques nippones auprès de la banque centrale. Les banques centrales du Danemark et de la Suisse ont également suivi cette voie.

Il s’agit d’une voie qui reflète, aux yeux des marchés, tout le désespoir des banques centrales. On avait longtemps pensé qu’il était impossible de franchir à la baisse la limite du 0%, mais la Banque de Suède a ouvert la brèche. Depuis la crise de 2008, de nombreux Etats ont privilégié l’équilibre budgétaire pour éviter que le sauvetage des banques ne se transforme en faillite des Etats. Du coup, les banques centrales furent les seules à soutenir la reprise. Keynes avait bien expliqué la nécessité de coordonner l’expansion monétaire avec une expansion budgétaire, chose qui n’a pas été faite. Aujourd’hui, les banques centrales qui ont été laissées seules aux manœuvres, montrent qu’elles ne peuvent plus rien. L’argent est plus que gratuit, on est rémunéré pour l’obtenir! Il s’agit là d’un comble pour la théorie financière, qui n’avait pas prévu le monde inversé des taux d’intérêt négatifs.

Des solutions alternatives

La panique des marchés provient donc du constat suivant: les banques centrales ne peuvent plus rien, alors que la croissance n’est pas encore complètement revenue. Pire, elle pourrait même baisser en raison des ajustements que traverse la Chine. Et pourtant, des relais existent. Si le problème des pays occidentaux vient d’une surabondance d’épargne, et de faibles perspectives de croissance, les pays en développement pourraient être la solution. Le capital devrait être réalloué de façon plus efficiente.
Il faudrait que les gérants de fonds internationaux ne se contentent plus des classes d’actifs classiques, à l’heure où le tiers des obligations gouvernementales mondiales, soit 6 trillions de dollars, offre des rendements négatifs. Les investisseurs doivent s’aventurer davantage vers des classes alternatives, telles que l’investissement dans les infrastructures, dans la lutte contre le réchauffement climatique, dans les start-up, et dans les petites et moyennes entreprises. Il faudrait qu’ils osent également s’aventurer davantage en dehors des sentiers connus de quelques pays émergents, et qu’ils osent mettre le pied dans les marchés frontières. Cette classe d’actifs étant une très petite niche en raison de la faible capitalisation de ses marchés boursiers, il faudrait intervenir en capital investissement, en dehors du marché coté.